Monsieur le Président, cher Nicolas,

Vos défauts et vos qualités font de vous un personnage unique dans l’histoire de la Ve République. Ce qui est d’ailleurs étonnant parce que finalement, chacun de ses présidents lui a apporté quelque chose d’unique. Personne n’aurait d’ailleurs pu imaginer Président tellement accessible, tellement « comme nous »… Ce qui au départ constituait un atout pour une campagne finit peut-être par un écueil car la dimension d’une fonction est aussi une donnée qui pèse dans le caractère des Français et cette donnée est peut-être la plus difficilement quantifiable et vérifiable par des études statistiques…

Mais enfin, Président c’est pas un job facile et c’est pas fait pour être « sympa » ou applaudi, c’est fait pour être responsable, agir au mieux des intérêts de ses concitoyens même s’ils n’ont pas toujours (ou souvent) la capacité de s’en rendre compte. On sait bien que le citoyen, le peuple, la plèbe, est un enfant qu’il suffit de gâter par du pain et des jeux (panem et circenses)… Bref, vous agissez au mieux de nos intérêts sans qu’on le sache. Admettons. Le peuple enfant et tout ça…
Lorsque vous défendez la sécurité et l’intransigeance, voire l’implacabilité de la justice, lorsque vous rappelez que le respect des lois est un impératif, je vous dis Bravo. Oui Bravo car enfin, enfin, et depuis longtemps, un Président ose dire qu’il ne peut y avoir de démocratie et de liberté sans respect, par tous, des lois qui les constituent. Il faut avoir du cran en effet pour tenter de faire comprendre aux passants que les contrôles, les arrestations, les enquêtes doivent servir de frein aux dérives d’un état libertaire voué à l’autodestruction.

Petite question : l’intégrité de notre territoire est-elle pourtant menacée ? Le melting pot français était-il dangereux ? Le modèle risquait-il d’exploser ?

Nous posons cette question parce, Monsieur le Président, que vous le vouliez ou non, l’organisation de toute société est systémique et chaque chose, chaque idée, chaque être peut s’interconnecter avec de multiples processus complexes. Et donc, on ne peut imaginer que des être « pensants » ne fassent pas de liens entre les idées. Or donc, enchaîner politique de sécurité intérieure (nécessaire rappelons-le à la survie du système démocratique) et identité nationale cela supposait donc que cette dernière devait être protégée car menacée. Puis, après l’identité nationale et les 4000 « fantômes », loi sur le voile intégral, et puis on enchaîne avec les gens du voyage. Euh non ! les Rom’s seulement, et puis ensuite la circulaire sur les Rom’s. Euh non ! sur les gens du voyage… TF1 et Harry ont évoqué le PROGRAMME de reconduites à la frontière (si Harry Roselmack avait eu un peu plus de culture G, il aurait sûrement hésité à employer le terme « programme », très très évocateur)… Le Gouvernement lui évoque la « politique de reconduites »… Terminologie pas glorieuse non plus.

Et enfin, Monsieur le Président, dans la grotte de Lascaux, sans charlotte sur la tête, vous évoquez la création du musée de l’histoire de France. Intention louable, bon on avait déjà le Musée de l’Homme et le Musée de la Marine, le musée militaire des Invalides, les différents musées sur les côtes de Normandie…. Plus tous les musées qui évoquent l’histoire de France et de ses régions d’en à peu près 10 % de nos communes…. Ce qui en fait un paquet des musées de l’histoire de France. Mais bon, un musée inter-régiono-départemento-parisionno-historico-culturel à Paris, ça aurait de la gueule, d’autant que Jacques avait le sien, François son Arche et sa pyramide, Georges ses tubes

Mais là ou le bât blesse, c’est que ce musée vous ne souhaitez pas le construire. Vous voulez l’installer, rue Richelieu, en lieu et place des Archives nationales, situées autour de l’Hôtel de Soubise depuis 202 ans. Hors cette installation, au-delà des aspects administratifs et engagements pris auprès des fonctionnaires, semble mettre en opposition ceux qui conservent l’histoire et ceux qui veulent la faire. Une sorte de dichotomie incompréhensible. Mais ce que nous y voyons c’est surtout une sorte de besoin irrépressible de mise en valeur du « sentiment national », la valeur archivistique en moins. En soi, cela ne nous semble pas aberrant Monsieur le Président mais hélas, comme évoqué plus haut, l’association entre les différentes mesures prises prête à question, voire inquiète.

Il ne s’agit pas de faire d’amalgame mais l’Histoire, si elle doit avoir une vertu, doit permettre à ceux qui gouvernent de ne pas reproduire les erreurs du passé. À cet égard le développement des nationalismes en Europe n’a pas laissé que de bons souvenirs et c’est pour cela qu’il faut les prendre avec précaution… Et que dire de l’Allemagne ? Imaginez, cher Nicolas, qu’Angie Merkel ait confirmé ses propos à l’égard des Rom’s ? Si encore cela avait été un responsable de gouvernement grec ou suisse… Mais pas allemand ! Nous espérons seulement qu’il n’y a pas un projet de renvoyer les clandestins chez eux – en train – pour faire des économies sur le kérosène…

The Wall – Pink-Floyd

Si seulement nous parvenions à ne pas faire de rapprochements entre toutes ces mesures… Nous savons que vous voulez avancer vite, profiter de ces cinq ans pour faire ce qui ne l’a pas été, à tort, pendant 30 ans… Mais la vitesse et la précipitation ne doivent pas être confondues et votre fonction doit vous obliger, devrait vous obliger, à une certaine retenue car l’Histoire elle, a de la mémoire.

Petit à petit l’oiseau fait son nid… Lorsque c’est un moineau cela n’inquiète personne. Lorsque c’est un aigle c’est autre chose.

« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines » (le Chant des partisan). Quand on sait, Monsieur le Président, l’attachement que vous avez pour la Résistance et le noble combat mené par un petit nombre, au début. Vous saurez donc apprécier à juste titre notre démarche et notre message, et parce qu’un jour, nous en sommes sûrs, vous aurez le sens de l’Histoire.

« Contre nous de la tyrannie l’étendard sanglant s’est levé. [... Nous entrerons dans la carrière Quand nos aînés n'y seront plus, Nous y trouverons leur poussière Et la trace de leurs vertus"