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Une factrice bien exigeante !
Comme chaque année, en cette période d’étrennes,nous avons préparé notre lot de petites enveloppes : gardiens, pompiers, éboueurs et facteur ! Sauf que nous avons oublié ce dernier, en l’occurrence, la factrice ! Malheureusement pour cette dernière, cette année, à son passage, nous n’avions que quelques pièces constituant une valeur de 2,85 euros. Nous lui donnâmes le montant en refusant bien entendu le calendrier avec le chat en retour, ce qui constitua un bénéfice net de 2,85 pour être venue frapper à ma porte après 19h30.

Quelle ne fut pas notre surprise lorsque, quelques jours plus tard, nous avons trouvé dans notre courrier une enveloppe affranchie et oblitérée contenant mes 2,85 euros avec ce petit  » Je vous souhaite un joyeux Noël, la factrice » ! Les bras nous en sont tombés ! Madâââme a été vexée apparemment et nous rendait son argent considérant que les étrennes proposées n’étaient pas assez conséquentes ! Impossible, impensable, improbable, insupportable même ! Notre factrice, qui ne distribue même pas le courrier dans notre immeuble puisqu’elle laisse son sac à notre gardien, était suffisamment riche pour s’offusquer d’étrennes pas assez importantes le travail qu’elle ne faisait même pas ! Conséquences, l’année prochaine, notre chère factrice n’aura même pas 1 cent !

Un nouveau monde ?
Faut-il voir dans cette petite histoire un changement sociétal ? Hélas, nous le croyons. Car en effet une telle réaction ne peut se concevoir que s’il s’agit d’un mouvement généralisé transformant la perception que nous avons des choses, la vision du monde que l’on souhaite. L’ensemble de nos concitoyens européens, à l’exception de quelques dizaines de milliers d’individus fortunés, semble souffrir du mal du pouvoir d’achat. Les européens se trouvent de plus en plus pauvres… Les américains aussi d’ailleurs… Ce qui est étonnant c’est que dans l’histoire du monde il n’y a jamais eu autant de richesses… Ce qui est étonnant, c’est que dans l’histoire du monde on a jamais vécu plus longtemps que maintenant… Ce qui est marrant c’est dans l’histoire du monde, c’est la première fois que certains disent que l’on vit trop longtemps et que cela empêche les jeunes de prendre la place… Ce qui est étonnant dans l’histoire du monde, c’est qu’une factrice crache sur 18,69 francs !

On perd la tête !

  • C’est quoi la valeur d’une chose ?
  • C’est quoi le travail bien fait ? C’est un travail qui rapporte beaucoup ? Trader c’est ça ?
  • C’est quoi une bonne éducation ? Un enfant que parle lit et écrit à 24 mois ?
  • C’est quoi quoi faire des économies ? Faire les soldes pour s’acheter un truc dont on a pas un réel besoin  mais l’envie d’avoir besoin mais moins cher ?
  • etc.

Un monde de rêves ?
Nous rendons compte que nous vivons dans une société du rêve et non plus une société de rêves… Il n’y a pas si longtemps les individus faisaient des rêves tout en sachant que leur caractéristique c’était d’en être… des rêves… Donc, par définition, inatteignable puisqu’il s’agit d’un songe… Mais voilà que les rêves deviennent atteignables ! Enfin, voilà ce que les pros du marketing vendent en réussissant à faire croire à leurs messages… D’ailleurs l’État fait pareil avec la Française des Jeux sauf qu’une bonne partie du magot fini tout de même par revenir aux joueurs en prestations sociales. Ce jeu-là pourrait même apparaître comme un investissement : venez gonfler les caisse de l’État (finalement les nôtres) en jouant et peut-être que la vôtre sera plus grande ! Pourquoi pas ?

Un monde confortable… et à crédit !
Mais faire croire qu’en payant le plaisir dans seulement 3 mois, ce sera à peine plus cher et surtout plus facile… C’est faux ! Faire croire que les petites mensualités permettent de ne pas être trop endetté… C’est faux ! Faire croire que payer le kilo de café deux fois plus cher parce que la capsule est dix fois plus pratique que le filtre… C’est faux ! Quel est le prix du confort ? On s’en  rend compte, apparemment, pour l’homme, le confort n’a pas de prix. Il se damne même pour lui ! Et on lui fait croire, à force de crédits et de réductions que le confort est une bonne affaire !

Mais le faux-semblant ne s’arrête pas là… et c’est le drame.

Un crédit du mensonge
L’homme moderne occidental croit en la possibilité de réaliser ses rêves parce qu’on lui ment à des fins mercantiles mais également parce qu’il se ment… Et cette dernière dimension est peut-être la clé permettant de d’ouvrir toutes les portes, les clôtures, les barrières dont nous nous servons pour nous protéger de nous mêmes, se cloisonnant, emmurés dans un univers de faux semblant par peur d’affronter la réalité.

Nous n’avons jamais vu autant de stars autour de nous, jamais autant d’enfants surdoués dont nous attendons avec une grande impatience le génie qui nous permettra demain de sauver notre espèce tellement ces surdoués, rien qu’en France, sont si nombreux ! Ou alors peut-être que c’est normal parce que la France produit l’essentiel des génies du monde ? Nous prenons les transports en commun et que voyons-nous : des stars, plein de stars ! Habillés lookés comme dans des clips ou sur des scènes… mais dans le métro, moches, mais stars quand-même pour aller travailler. Eh là tu te dis, ben finalement ça ne doit plus être une question de diplôme l’embauche… Si ces gens font tant d’efforts pour aller travailler c’est que ça doit être très très important pour conserver ce job… Nous nous souvenons d’un temps ou si la tenue que l’on avait au travail était un peu trop distincte de la norme on se retrouvait convoqué chez le chef de service voire le directeur…

Tu t’habilles comme une stars, hé bien tu en es une ! Tu te comportes comme une star, hé bien tu en es une ! Ce cher Mikaël Vendetta a compris totalement ce système et le tourne en ridicule. Tout le monde semble rire de lui alors que lui rit de tout le monde. Il a intégré la dimension business du mensonge et la porte à son paroxysme : je me fous de votre gueule, vous aimez ça et ça me rapporte du pognon ! Nos enfants veulent pour beaucoup devenir chanteur, artiste, « célèbre surtout parce que quelqu’un de célèbre ça gagne de l’argent… et c’est bien de gagner de l’argent ». La question n’est plus, « qu’allez-vous faire de votre vie ? » La question est « combien d’argent gagnerez-vous ? » C’est tellement plus simple de se mentir en prétextant que le montant en caisse détermine si une vie est réussie ou pas. Bien plus simple à calculer d’ailleurs : sinon vous rendez-vous compte, on serait obligé de se rappeler à qui l’on a fait du mal, de ses demander si ses enfants sont heureux et si ses petits-enfants le sont également, d’être comptable des bonnes actions, des projets professionnels qu’on a réalisés, bref de se regarder dans un glace ! Ben non, ça fout les boules de se regarder dans une glace… souvent on est moche. En revanche, regarder l’intérieur de son portefeuille plein de bouts de papiers, ça rassure ! Y en a beaucoup, Hmmm ! On est bien !  On se la pète, on réussit, on peut s’acheter ce que l’on désire, se payer n’importe quelle pute. D’ailleurs aujourd’hui nous sommes toutes et tous des putes non ? C’est juste une question de montant !

La preuve, 2,50 euros ce n’est pas assez pour avoir le sourire d’une factrice dont on ne connaît que la fonction…

Notre course effrénée vers le ‘toujours plus’ nous permet de nous cacher derrière le mensonge, derrière cette réalité physique, matérielle, qu’on veut plus assumer. On construit des cloisons, des murs pour s’en protéger. On se cache derrière le spectre de la croissance car elle est apparemment la seule clé du bonheur. L’évolution doit toujours être positive, les baisses font peur.  Et pourtant, dans la nature une croissance supplémentaire qui ne fait pas partie d’un cadre biologique dit normal, est appelé une excroissance : c’est une protubérance qui sort du corps d’un être vivant. Ce n’est pas très positif comme phénomène, souvent même inquiétant. Les sciences actuelle nous permettent de découvrir toujours plus, elles aussi : vivre plus longtemps, vivre plus confortablement, rester jeune, renfoncer nos corps pour les rendre plus solide, créer des exosquelettes pour pallier nos défaillances, comprendre les origines de l’univers… Et si la science nous faisait découvrir que nous ne sommes rien ? Et si la science nous faisait découvrir que la terre n’est rien d’autre qu’un atome et que notre voie lactée une molécule de l’univers ? Que ferons-nous de notre désir extatique de croissance ? Il apparaîtra bien ridicule non ?

L’homme, ce cancer
Un organisme qui ne cesse de croître, qui utilise toutes les ressources disponibles pour cette croissance en dévastant son environnement et qui se déplace vers un autre lieu plus fertile pour continuer à croître et dévaster à nouveau ce lieu, qu’est-ce ? Un prolifération cellulaire au sein d’un tissu normal de l’organisme de telle manière que la survie de dernier est menacée : un cancer. L’Homme moderne ne serait donc plus un loup pour l’Homme mais un cancer pour la planète et finalement pour lui.

Cette autodestruction qui semble inscrite dans notre code génétique n’est pourtant pas inéluctable ! Notre désir de croissance qui cache notre peur de la vérité sur notre nature n’est pas endémique, on veut le croire mais qu’est-ce qui nous empêche de croire le contraire ? Si notre espèce est véritablement consciente de son existence elle doit être capable de comprendre que pour survivre sa seule clé est celle de la réalité et de la vérité. Pas cette vérité que tant de philosophes ont dévoyé en faisant croire au monde entier que chacun avait la sienne non. La vérité toute simple : oui nous avons peur, oui nous sommes jaloux, oui c’est dur de vivre, oui nous avons peur de vieillir, oui il faut trimer toute sa vie pour transmettre un peu à ses enfants, oui il y a des gens très talentueux, oui il y en a qui sont plus travailleurs que soi, oui nous sommes moches, oui nous sommes beaux, oui nous sommes petits, nous sommes tout et rien, etc.

Une résolution ?
Et si l’on accepte enfin la vérité alors peut-être accepterons-nous non pas la décroissance mais la non-croissance : acceptons de lever le pied ! Acceptons de vouloir plus de confort pour peut-être le partager un peu plus avec ceux qui n’en ont pas ou moins. Acceptons de revendiquer ses opinions et arrêtons le politiquement correct parce que l’on a peur que ses opinions atteignent notre confort ! A force de politiquement correct les opinions ont disparu ! Tout le monde dit en gros la même chose et l’on ne se bat plus pour des idées mais pour des mesurettes. Disons la vérité ! Osons penser avec notre cœur et notre propre opinion et arrêtons de nous laisser guider par une bienpensance qui nous protège en nous mentant !

Atome d'uranium

Nous envisagerons l’immortalité, le voyage interstellaire, l’Inconnu et ses incertitudes qui nous manquent tant…L’humanité cherche une autre planète parce que nous savons pertinemment que dans quelques décennies, en l’absence de régulation numérique (épidémies massives, guerres atomiques), la nôtre ne tiendra plus le coup. Et c’est demain ! Mais nous ne cherchons qu’à la marge, sans en faire une cause internationale et en y investissant davantage… On sait qu’il y a beaucoup trop de naissances…. et que fait-on ? On fait croire qu’on y arrivera quand même. Résultat, la misère gagne du terrain et son lot de violences avec. On veut croître sans même préserver et sans réellement préparer l’avenir…

Prochaine action : dire à notre factrice que l’année prochaine elle n’aura même pas un centime et que si elle veut avoir des étrennes il faudra bien plus qu’un sourire faux-cul et que le travail soit fait. Conséquence possible : elle répondra « si vous le prenez sur ce ton… », fera demi-tour et pensera « quel connard ». Mais peut-être, un miracle est toujours possible, qu’elle s’excusera de sa petitesse, s’apercevant que son geste était déplacé et que finalement elle s’était laissée emportée par des considérations bien peu reluisantes. Alors à notre tour nous lui pardonnerons car nous savons parfaitement que nous ne sommes pas parfaits, et tout rentrera dans l’ordre… L’année commencera alors de manière un peu plus humaine, ce sera déjà ça, et moins désespérante.