Jeudi dernier se tenait un colloque, au Conseil économique social et environnemental (lecese.fr) en liaison avec les États généraux de la laïcité (Observatoire international de la laïcité contre les dérives communautaires) : « La laïcité confrontée au nouveau paysage religieux, spirituel et philosophique français ». Un beau programme et il faut bien avouer que les différents intervenants ainsi que les participants dans le public ont bien contribué à l’élévation d’un débat que nous regrettons qu’il ne fut que discrètement diffusé, en direct, sur le site de l’OIL et dont la publicité n’a été, apparemment faite, qu’auprès d’un microcosme parisien.

Voici la liste des éminents intervenants de ce colloque :

dirigé par Jean-Paul DELEVOYE, Président du Conseil Economique, Social et Environnemental et Jean-Michel QUILLARDET, Président de l’Observatoire international de la laïcité. Ont participé à la table ronde :

  • Cardinal Philippe BARBARIN, Archevêque de Lyon
  • Jean Daniel ROQUE, représentation de la Fédération protestante de France
  • Grand Rabbin Alain GOLDMANN
  • Dalil BOUBAKEUR, recteur de la Grande Mosquée de Paris
  • Marc BLONDEL, président de la Fédération de la Libre pensée
  • Guy ARCIZET, Grand maitre du Grand Orient de France

et quatre Grands témoins :

  • Abdou FILALI-ANSARY, philosophe, auteur de « Islam et laïcité »
  • Jacqueline COSTA-LASCOUX, juriste
  • Jean-Louis BISCHOFF, philosophe des religions
  • Régine AZRIA, sociologue.

Et il faut bien l’avouer, le Président du CESE, ancien médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye a réalisé une prestation particulièrement remarquée. On retiendra particulièrement de son intervention cette phrase : « La valeur de l’Homme doit être liée à ce qu’il pense, non à ce qu’il dépense« . Son discours nous a fait beaucoup de bien, en ce sens qu’il a replacé, au coeur de ce débat, la dimension éducative, intellectuelle et philosophique de l’homme, citoyen. Il évoque « une erreur dramatique que notre société a commise à vouloir enfoncer des connaissances dans la tête de nos enfants au lieu de veiller à leur donner le sens critique et d’éveiller les consciences. (…) Notre société est anesthésiée des consciences et une société sans valeur et sans morale est sans avenir ».

Nous croyons fortement  qu’un tel discours devrait être à la base même du programme d’un futur Président de la République car l’enjeu de notre quotidien n’est pas simplement de baisser le chômage et améliorer la sécurité. Aujourd’hui, chacun de nous, a besoin de sens, de perspectives et d’espérance. C’est notre modèle de pensée et surtout, notre modèle de besoins qu’il faut changer. Et quand Jean-Paul Delevoye le clame et propose des solutions pour l’avenir de cette société, que chacun de nous construit (ou déconstruit d’ailleurs), hé bien, il faut avouer qu’il est crédible et qu’il a retenu toute notre attention.

Ses éléments de langage et la construction de son discours auraient, à notre sens, un bel intérêt dans une campagne présidentielle. Aux côtés des chiffres, du sens bordel ! Et c’est vrai qu’à vouloir « consommer plus » parce que ce serait générateur de croissance, qu’à vouloir « travailler plus pour gagner plus » on en oublie l’essentiel. Notre société moderne, qui semble en effet parfaite pour tous les pays qui émergent, meurt… Et encore une fois, Jean-Paul nous a agréablement surpris en évoquant ce texte de Platon qui est affiché dans notre bureau depuis des années :

Raphaël (fragment de la fresque "L’école d’Athènes" 1511), Platon et Aristote représentés dans une posture qui dévoile l’essence même de leur pensée > Platon pointe l’index vers le ciel tandis qu’Aristote tend la main gauche vers la terre.

 

Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien et de personne, alors c’est là en toute beauté et en toute jeunesse le début de la tyrannie.

Ne nous y trompons pas : nous y sommes et nos enfants ne savent plus que penser, ils n’ont désormais plus qu’une préoccupation : gagner beaucoup d’argent sans trop de difficultés et surtout, en voir une plus grosse que leur voisin. Nous régressons.

Merci à Jean-Paul pour ce qu’il dit et s’il ne se présente pas aux présidentielles (ce qui est sûrement dommage pour la République), nous espérons vivement que sa pensée sera reprise !